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juillet 10, 2017

Design et désastres – le tragique incendie de Grenfell rappelle l’importance primordiale d’un design de qualité.

WDS

Grenfell Tower, à North Kensington, Londres

 

L’horrible incendie de la tour Grenfell, à Londres, a mis le design au cœur du débat politique en Grande-Bretagne. Le brasier qui a détruit un édifice de logement social de 24 étages à North Kensington, à l’aube du 15 juin, a causé au moins 80 mots – et le bilan final ne sera probablement pas connu avant 2018.

De plus, les survivants se retrouvent sans domicile, pendant que les autorités cherchent à leur trouver du logement dans une métropole où les coûts sont élevés et la demande en logement élevée.

Les Londoniens, journalistes et députés de l’opposition se sont rapidement demandés comment un petit réfrigérateur a pu provoquer de tels dommages, et quelles leçons tirer de l’incendie de logements à prix modiques dans un des quartiers les plus chers du pays. Grenfell est considéré une catastrophe de source humaine provoquée par de mauvaises décisions au chapitre du design. Les témoins ont rapidement constaté que les revêtements d’aluminium utilisés sur la tour ont attisé les flammes et il a depuis été confirmé que les revêtements choisis lors de rénovations récentes sont constitués de matériaux inflammables bannis dans plusieurs pays d’Europe et aux États-Unis.

À l’intérieur de l’édifice, les dispositifs de sécurité étaient insuffisants : il n’y avait pas de système d’alarme ou de gicleurs couvrant l’ensemble de la tour, et il n’y avait qu’un seul escalier de secours. De plus, les résidants de Grenfell avait régulièrement signifié leurs préoccupations relatives aux risques d’incendies et à l’insuffisance des sorties d’urgence. Dans un billet de blog publié en novembre 2016, le Glenfell Action Group avait écrit que « seule une catastrophe » suffirait pour que les problèmes soient pris au sérieux.

La communauté demande des réponses

 

Le fait que les résidents de la tour étaient issus des classes populaires (y compris des réfugiés et des minorités visibles) a mis à l’avant-plan la question des inégalités en cadre urbain. Les critiques ont accusé les personnes responsables d’avoir sciemment laissés les conditions se détériorer dans la tour afin de pousser les résidants à quitter leur résidence dans ce quartier convoité – de la « négligence programmée », selon le terme de l’essayiste Richard Seymour. Le revêtement dangereux avait été choixi non seulement pour réduire les coûts (une économie de 293 000 livres sterling sur une facture totale de 8,6 millions, selon des courriels obtenus par la presse) mais aussi pour améliorer la vue pour les voisins nantis. Des documents de planification démontrent également que les préoccupations ses planificateurs et des contracteurs « ne s’étaient pas concentrées sur la sécurité, mais surtout sur le design, notamment sur la couleur. »

 

Bien évidemment, la sécurité EST une question fondamentale du design. En conversation avec Dezeen, plusieurs architectes avaient dénoncé la culture de réduction des coûts et de la valeur dans les projets de construction britanniques. Selon Paul Karakusevic, un expert en logement social, la qualité du design est souvent minée par la recherche du profit. « La dérèglementation, les pratiques d’octroi de contrat actuelles et les politiques récentes de logement du gouvernement ont toutes eu un rôle à jouer », confirme Neil Deely.

Le problème a pris des allures d’épidémie : pratiquement toutes les 200 tours d’habitation ayant été testées pour leur inflammabilité depuis l’incendie de Grenfell ont échoué leurs tests. La police enquête sur les raisons de cette catastrophe et considère la possibilité de porter des accusations d’homicide involontaire. Le gouvernement conservateur, toujours en difficulté au lendemain des élections surprises de juin, a demander aux critiques de ne pas « politiser » la tragédie. Mais comme le dit Suzanne Moore du Guardian : « Favoriser une économie de quelques milliers de livres, plutôt que la possibilité de sauver des vies, constitue un choix politique. » Le design EST politique.

 

Des revêtements ont été retirés de nombreux gratte-ciel partout au Royaume-Uni, suite à l’incendie de Grenfell

Les désastres provoqués par l’intervention ou la négligence humaines peuvent être tout aussi destructeurs que les plus grandes catastrophes naturelles. Comment le design peut-il aider à prévenir, à causer ou à gérer les catastrophes? Et comment le design peut-il aider ceux qui sont affectés par des urgences et des catastrophes, grâce à des politiques, des infrastructures et des moyens de communication et d’aide améliorés? Les designers doivent comprendre leur impact, en prenant en considération le contexte socio-économique et politique.

Comment les designers peuvent-ils proposer des solutions et des outils pertinents pour améliorer la gestion et la compréhension de telles catastrophes ? Vous pouvez répondre à ces questions et mettre le monde du design au défi de faire mieux, lors du Congrès d’octobre prochain.

Il est encore temps de soumettre une proposition correspondant aux sujets :

#101 Désastres de l’homme

#102 Contextes socioéconomiques et politiques